L’entreprise inclusive du futur

L’entreprise inclusive du futur

Phase 1 of 1
Introduction 2021-09-13 - 2021-09-14
Process phases

Une entreprise cinq étoiles all inclusive - Groupe Sigma E

Aujourd’hui, le 13 septembre 2041, Monsieur Beaumont rend son dernier rapport d’activité en tant que directeur financier. Cet après-midi là, le cœur lourd, il s’adresse une dernière fois aux membres de l’entreprise lors de son discours de départ. Cette organisation, Monsieur Beaumont l’a vu évoluer pendant de nombreuses années, mais lui ne semble pas s’être fait à l’idée du changement. Sur un papier qu’il sort de sa poche, Monsieur Beaumont lit devant l’ensemble des employés réunis ce jour-là son ultime discours rédigé par sa secrétaire.
“Tout d’abord bonjour à tous, et merci d’être là aujourd’hui. Si je suis devant vous cet après-midi, c’est pour vous remercie des trente années passées avec vous ici dans cette magnifique entreprise qui est devenue ma véritable famille… (marque un temps d’arrêt) Si on peut encore appeler ça une famille, il faut dire qu’elle prend de drôles d’allures… Aujourd’hui, c’est avec un regret non dissimulé que je m’apprête à quitter cette compagnie qui après quarante ans a bien changé. Il est désormais temps pour moi de m’en aller. Progressivement, je me suis rendu compte que tous ces changements que l’entreprise a opérés, ou plutôt qu’elle a été contrainte d’accepter, font de cet homme qui se tient face à vous un homme désuet.
Avant, l’entreprise c’était la liberté. Aujourd’hui avec tous ces jeunes et leurs idéaux tous plus farfelus les uns que les autres, on ne peut plus rien se permettre sans risquer les prud’hommes. Je me souviens d’une fois, me dirigeant vers la machine à café, je vois de dos cette jeune stagiaire et ses longs cheveux blonds et ses talons. En passant près d'elle, je n’ai pas manqué l’occasion de la siffler. Vous imaginez bien ma surprise lorsqu’elle me traita de “vieux con”. Pire encore, en me retournant, je me suis aperçu qu’il s’agissait d’un homme ! Comme si ça ne suffisait pas, je l’ai vu tenir la main d’un autre homme une fois, à la sortie du bureau. Et les femmes pendant qu’on en parle, elles ne peuvent pas elles-mêmes se payer leurs serviettes hygiéniques ou je ne sais quels autres produits, il a fallu rendre leur mise à disposition obligatoire en entreprise…
Dès 2025 avec ces quotas à l’embauche et ces aménagements pour les handicapés, ça ne pouvait que partir du mauvais pied. Non mais c’est vrai, entre le stress des dernières échéances, la direction qui est sans cesse sur mon dos et j’en passe, il a fallu qu’ils rendent mes journées encore plus insupportables en recrutant des attardés ! Comment ? Oui, des “personnes en situation de déficience mentale”... je pense que tout le monde avait compris. Comment voulez-vous que je fasse mon travail quand certains employés commencent leur journée une demie heure après tout le monde. Et ils appellent ça une “politique d’aménagement pour les personnes en situation de handicap”. C’est comme l’autre diabétique qui devait sans cesse contrôler sa glycémie... ils n’ont qu’à le dire ces gens-là s’ils ne souhaitent pas travailler ! Déjà qu’on doit s’acquitter du financement de formations des jeunes défavorisés…
De mon temps quand on recrutait pour un poste, on avait quinze dossiers différents et on savait tout de suite qu’on pouvait faire une première sélection au faciès. Depuis 2030, la direction insiste à ce qu’on se coltine un comité d’éthique pour valider les algorithmes de sélection des candidats. Vous voulez savoir ce que c’est le résultat ? Petit à petit, avec toutes ces origines et ces nationalités qui se croisent, le français a été presque totalement délaissé. Malgré mes cours de soutien intensifs et toute ma bonne volonté, je dois vous avouer aujourd’hui que je ne comprends toujours rien à ces dialectes.”
La salle se mue en un silence profond qui laisse apparaître la consternation de chacun face aux propos de Monsieur Beaumont.
“Malgré tout, il y a du positif partout, certaines choses ne se perdent pas, et pour dire je suis très heureux de passer aujourd’hui le flambeau et céder ma place à ce jeune homme plein d’ambitions dans lequel je me reconnais”.
Il descend de l’estrade, s’avance dans la salle et pose fraternellement sa main sur l’épaule d’un jeune homme.
“Il doit y avoir erreur, je suis dans le service comptabilité…”
Une voix féminine l’interpelle alors quelques rangées plus loin. “Monsieur Beaumont…”
“Pardon, vous êtes ?”
“Votre successeure.”
“Depuis quand le futur de notre entreprise se dessine-t-il au féminin ?” répond l’intéressé quelque peu décontenancé.
“Depuis que, comme vous y avez d’ailleurs fait référence, l’entreprise finance et accompagne annuellement la formation de jeunes défavorisés. Grâce à ça, j’ai pu atteindre aujourd’hui le poste convoité de directeur financier. Je vous en remercie et vous souhaite une bonne retraite.”

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Reference: PE-FICT-2021-09-63
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